Archive pour ‘Uncategorized’

mai 7, 2012

Dénoncer le journalisme communautaire ou l’inventer ?

Le blog du Soir consacré au JO de Londres vient de fournir une double contribution au journalisme communautaire. Dans son article “Les hockeyeuses, déjà un enjeu communautaire ?“, Philippe Vande Weyer dénonce en effet un numéro de la revue Nina (supplément féminin du Standaard) mettant en couverture les joueuses flamandes (et elles seules) de l’équipe nationale belge qualifiée pour les prochains Jeux Olympiques.

Mais ce qui est particulier, c’est que ce faisant, le journaliste du Soir pratique lui-même le journalisme communautaire. Il s’appuie en effet sur le cliché du Flamand forcément nationaliste et donne une lecture communautaire (les Flamands ne veulent pas nous voir) à un fait (ne convier que les joueuses flamandes de l’équipe à cette séance photo) qui peut s’expliquer beaucoup plus simplement.

Ceci a d’ailleurs été vite relevé par certains internautes, dont on se dépêche de reproduire les commentaires de peur qu’ils soient effacées.

Ainsi pour Velasquez Diego : “La proximité n’a rien de bien méchant dans ce titre et ne doit pas être confondue avec des revendications d”identité culturelle. Sinon, l’on risque de voir des nationalistes partout.
Même si la frontière entre proximité et chauvinisme est floue, surtout en sport (un chauvinisme sportif belge est-il plus souhaitable qu’un chauvinisme flamand ?) je trouve la photo et le titre bien innocents et votre article bien exagéré…

Plus virulent, mais pas moins pertinent, Christophe Tombeur :

Cet article confirme tout simplement la “paranoïa” de certains médias francophones. Dés qu’il y a quelque-part le mot “Vlaams” ou un drapeau flamand, certains journalistes francophones ne cessent de chercher des raisons pour accuser les flamands de séparatisme et d’indépendance. Est-ce c’est un crime que quelques joueuses flamandes posent dans un journal flamand ? Bien sûr que non ! Est-ce que quelqu’un ferait objection à une photo des joueuses bruxelloises dans un journal bruxellois ? Je ne pense pas.

Le Soir, votre image en Flandre est celle d’un journal ultra-francophone qui ne laisse passer aucune occasion pour critiquer et noircir la Flandre et les flamands. Nous avons déjà Télé Mille Collines (RTBF), faudrait-il ajouter Gazette Mille Collines ?

Les politiciens font déjà assez pour détruire ce pays (aussi bien les flamands que les francophones). Faut-il que les médias les suivent dans leur propagande ou aimerions-nous des médias objectifs et neutres ?

On a pas grand chose à ajouter à ces commentaires qui montre que le premier internaute venu a parfois (mais pas toujours, loin de là), plus de finesse et de recul que nombre de journalistes.

Pour notre part, on aurait évidemment aimé que toutes les joueuses belges soient prises en compte dans cet article de Nina. Mais doit-on crier au scandale et au nationalisme, chaque fois qu’un (ou plusieurs) “régional de l’étape” de telle ou telle équipe est cité dans un journal local. Faudra-t-il s’offusquer le jour où, par exemple, La Meuse consacrera un article aux seuls Liégeois présents chez les diables rouges ? Et exclura donc de son reportage tous les autres au prix d’une discrimination intolérable. A notre avis non. Il se trouve simplement que Nina a un lectorat Flamand et qu’il est manifestement apparu aux journalistes qu’il valait mieux seulement inviter les Flamandes du groupe, histoire d’avoir une plus grande proximité avec ledit lectorat. C’est dommage, mais comme le disait déjà Léopold II (à l’adresse de tous les Belges) : “Petit pays, petit esprit”.

Mais pour reprendre ce que disait un des internautes, il y a effectivement des francophones pour voir des nationalistes flamands partout. D’ailleurs, pour dissiper tout malentendu, n’aurait-il pas été beaucoup plus simple et sain de demander le pourquoi de cette couverture à la rédaction de Nina ? Il aurait ainsi pu être confirmé qu’il n’y a aucune volonté de provocation dans cet article, contrairement à ce qu’affirme Philippe Vande Weyer. Un journaliste ne devrait-il pas directement poser ces questions plutôt que de faire des suppositions basées sur des préjugés et sans aucune vérification ?

février 15, 2012

La Yougoslavie, la Belgique et Angelina Jolie au milieu

On aurait pu vous parler de bien d’autre chose aujourd’hui. Par exemple de ces “plaintes” de parents d’élèves de l’école néerlandophone de Jette, jamais vérifiées et montées en épingle. Mais on vous en parlera, ça attendra juste un peu. On aurait pu aussi vous parler de ce titre en une de la Dernière Heure d’hier, spécial Saint-Valentin : “les Wallons plus amoureux que les Flamands”. Un titre tout à fait stupide et qui ne repose (bien sûr) sur rien. Mais il a l’avantage supposé de faire vendre, et de participer au bourrage de crâne quotidien visant à bien vous faire “comprendre” que, décidément, Flamands et Wallons sont fondamentalement différents (Bart De Wever est-il devenu rédac chef à la DH ?).

En fait, on s’attardera pour l’instant sur “l’info” du jour provenant de la même DH, et repris sur le site de La Libre Belgique. En effet pour des raisons d’économies, les sites internet des deux journaux jouent la “synergie” des contenus (pas sûr que le “contenu” en sorte gagnant, mais c’est une autre histoire).

Voici donc l’article, que l’on vous laisse lire tellement il est cours et symptomatique : Le film d’Angelina Jolie ne sort pas en Wallonie

S’il est aussi symptomatique, c’est que presque tous les poncifs sur le “conflit communautaire” belge sont présents.

D’abord le “Il n’y a qu’en Belgique qu’on voit des situations aussi choquantes”. Rengaine souvent entendue qui ferait de notre pays une terre d’exception conflictuelle alors que, comme chacun sait, le monde entier vit dans la joie, la félicité et le bonheur perpétuel. Ainsi il n’y aurait qu’en Belgique qu’on aime pas ou qu’on jalouse son voisin, et qu’en Belgique que les « supporters » de football ont des chants insultants pour ceux d’en face.

Sur le cas précis de la diffusion de films, le fait que certains soient diffusés à certains endroits et pas dans d’autres dans un même pays est tout à fait banal. Ainsi en France, plusieurs films ne sortent qu’à Paris. Soit parce que le film n’est pas sous-titré justement, soit parce qu’on pense qu’il ne trouvera pas son public en « province ». Mais pour autant personne ne crie alors au « problème linguistique ». Pour savoir cela, il est vrai qu’il faut sortir des frontières belgo-flamando-wallone et de ses guéguerres. En Belgique, tout peut donc devenir un “problème linguistique” par la grâce de quelques journalistes communautaires.

Le second aspect est justement le fait de tout raccrocher au conflit communautaire. Pourquoi le fait qu’un film américain sorte à un endroit et pas à un autre du pays a-t-il quelque chose à voir avec le conflit communautaire belge ? Mais parce que ça fait vendre coco ! On qualifie de “problème linguistique” (et donc comunautaire) tout ce qui a trait à la langue, même si ça n’a rien à voir avec le fait qu’il y ait deux langues principales en Belgique. Si un jour des réfugiés tamouls ou syriens s’installent à Liège et ont du mal à communiquer avec la population locale, est-ce que ce sera “encore un problème linguistique” lié au contexte belge ?

Notez bien que cette idée se retrouve dès le chapeau de l’article : “Encore un problème linguistique !”. En psychologie, on appelle ça “l’amorçage”. Il s’agit d’introduire un mot ou une expression dès le début d’un texte ou d’une discussion afin que celui-ci “amorce” un registre d’émotions et que vous voyez la suite exclusivement sous ce prisme. Bref, une technique de manipulation comme une autre. S’il veut exister, comme c’est le cas ici, le regard critique doit faire fi de cet amorçage (et donc en être conscient). Sinon on embarque automatiquement dans la vision qu’entend nous faire partager l’auteur.

Et pour bien finir, la phrase “De l’art de créer des polémiques communautaires à partir d’un film qui stigmatise les conflits entre communautés en ex-Yougoslavie”. Il s’agit ici de bien vous faire comprendre que les deux problèmes sont assimilables et que donc, la guerre civile en Belgique, c’est peut-être pour bientôt. La peur ça fait vendre coco !

Info ou intox ?

Bel exemple de manipulation en jouant sur les peurs donc. Mais le plus intéressant, c’est que cet article donne une information fausse. En effet il affirme que le film ne serait pas distribué en Wallonie car “il n’a pas été doublé” (en français). Et le distributeur (sans doute un méchant Flamand, mais ça l’article ne le précise pas) suppose que les Wallons sont incapables de comprendre l’anglais ou de lire les sous-titres.

Sauf que, aller faire un petit tour sur allociné.fr (par exemple) montre que le film a bien été doublé et sera distribué en France. On peut même trouver une belle bande annonce du film en VF. Mais sur l’article en ligne de lalibre.be, vous aurez juste un “trailer” en VO, histoire de vous “montrer” que le film n’a pas été doublé. Mais il est vrai que “allociné.fr” est quand même un site très difficile à trouver…

Du coup, on peut se demander d’où vient “l’info” selon laquelle le film n’a pas été doublé, et que c’est à cause de cela qu’il n’est pas distribué en Wallonie. Est-ce le distributeur qui a dit cela au journaliste ? Ou bien ce dernier a-t-il inventé cette histoire pour faire un “scoop” à saveur communautaire ? Des questions auxquelles on aimerait bien avoir une réponse. En tout cas on ne serait nullement étonné que le film sorte tout à fait normalement en Wallonie.

Le moralisateur arrosé

Pour finir, revenons sur la fin de l’article où l’auteur pose une question grave : “Le distributeur se rend-il compte de l’image que cela renvoie des Wallons, qui passent ainsi pour des cinéphiles incapables de comprendre une autre langue ou de lire des sous-titres ? De l’art de créer des polémiques communautaires à partir d’un film qui stigmatise les conflits entre communautés en ex-Yougoslavie. »

Le journaliste se rend-il lui-même compte de l’image qu’il renvoie aux Wallons ? Quant à « l’art de créer des polémiques communautaires à partir d’un film », il semble que « P.L. » le pratique allègrement. Sans encore le maitriser tout à fait.

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